Avis de fermeture 

Bonjour à tous.tes,

Le blog va fermer ses portes. Je n’ai ni le temps ni l’envie de continuer à l’alimenter et ne veux pas mettre en ligne dans la précipitation le premier poème qui me tomberait sous la main toutes les semaines. 

J’hésite à le supprimer définitivement, j’aviserai. 
Merci encore de l’avoir suivi jusque là ! 
Iphis

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La poésie du mercredi (#81)

La poésie d’aujourd’hui n’est pas, à proprement parler, un poème : il s’agit d’un extrait de L’Acacia, roman de Claude Simon publié en 1989… 

Cet extrait en particulier présentant un fragment de temps relativement suspendu, sans participer en soi de la narration et de l’avancée de l’intrigue, en faisant surgir les images dans l’esprit du lecteur, m’a fait penser à une sorte de poème en prose, et c’est pourquoi je vous le propose aujourd’hui ! 

De la même façon, un extrait du Voyage au bout de la nuit avait fait l’objet d’une Poésie du mercredi…

(…) dans la lumière du lampadaire proche c’était [le drapeau] seulement une loque sombre autour de laquelle scintillait en minces vergetures le poudroiement de la pluie qui tombait sans discontinuer : il était trop chargé d’eau pour que le vent qui parfois rabattait la pluie sur la vitre du wagon pût beaucoup plus que le faire osciller faiblement et à son extrémité se formaient de grosses gouttes que l’on voyait se gonfler peu à peu, s’étirer en forme de poire, diamantines dans la lueur du lampadaire et se détacher l’une après l’autre avec régularité ; avant de s’ébranler, le sifflet de la locomotive fit entendre une sorte de hululement plaintif, lugubre, répété deux fois, rappelant le son qu’émettaient les locomotives dans les films se déroulant au Far West.

La poésie du mercredi (#80)

Nous voici arrivés à la huitième dizaine de la rubrique, et comme toujours (oui, sauf quand rien n’est publié, oui…) je vous propose un texte qui me plaît particulièrement. 

J’ai récemment découvert les Poèmes de Beckett (L., si tu me lis : oui, c’est dans la brochure de littérature générale et comparée… pas été chercher très loin !), édités pour la première fois en 1992. En voici donc un :


de pied ferme

tout en n’attendant plus

il se passe devant

allant sans but

La poésie du mercredi (#79)

Bonjour à tous.tes !

Comme vous l’avez sans doute remarqué, ce blog est en léthargie totale depuis quelque temps, pour des raisons personnelles (notamment de motivation.) Mais on revient aujourd’hui, avec la 79e Poésie du mercredi, consacrée cette semaine à Yves Bonnefoy dont le poème « L’Oiseau des Ruines » est extrait du recueil  À Une Terre d’aube (in Du Mouvement et de l’immobilité de Douve, Poésie/Gallimard) publié en 1958. 

L’OISEAU DES RUINES

L’oiseau des ruines se sépare de la mort,

Il nidifie dans la pierre grise au soleil,

Il a franchi toute douleur , toute mémoire,

Il ne sait plus ce qu’est demain dans l’éternel. 

La poésie du mercredi (#78)

Je viens de découvrir l’œuvre très intéressante de Jacques Roubaud : la poésie de ce mercredi lui est donc consacrée ! Ce sonnet est extrait de son recueil La Forme d’une ville change plus vite, hélas, que le cœur des humains (publié initialement en 1999). J’ai trouvé ce poème dans la réédition intitulée Je suis un crabe ponctuel (anthologie personnelle 1967-2014).

SONNET IX : RUE ROSSINI

La rue Rossini coude et la soucoupe est verte
Où gît déchiré le ticket de mon café
Crème. Le ciel de juin gribouille est en reflet
Détrempé dans la vitre d’une chambre ouverte

Au-dessus du magasin d’antiquités. Certes
L’air étant doux, le matin calme, je pourrais
Lire, penser, rêver ; je préfère en parfait
Sans-gêne écouter mes voisins, l’oreille traître.

La belle fille brune a dit, levant ses bras
Bruns, nus, aux creux fournis de touffes à promesses
« Mais je suis un humain, je ne suis pas un chat ! »

Son interlocuteur en semble assez perplexe
(Les conversations ont textes et sous-textes) :
« Tu devrais dire « chatte ». » Elle ne répond pas.

La poésie du mercredi (#77)

Je vous propose aujourd’hui un poème d’Eurydice El-Etr extrait de son recueil Je tousse de la lumière publié en 1986 :

QUAND LE JOUR SE LÈVE

Quand le jour se lève
La nuit se cache sous les pierres
Elle dort dans son lit de pierres

Si le jour s’enfonce dans la nuit
Il peut se passer quelque chose de très grave.

Consommation et élitisme littéraires

La littérature narrative tend chaque fois davantage, de nos jours, en raison de la spécialisation entraînée par le développement industriel et l’établissement de la société moderne, à se diversifier en deux branches inquiétantes : une littérature de consommation, exécutée par des professionnels d’une plus ou moins grande habileté technique, qui se limitenr limitent à reproduire en série et selon des procédés mécaniques, des œuvres qui répètent le passé (thématique et formel) avec un léger maquillage moderne, et qui, par conséquent, prônent le conformisme le plus abject devant l’ordre établi (…) et une littérature des catacombes, expérimentale et ésotérique, qui a renoncé à l’avance à disputer à l’autre l’audience d’un public et maintient un niveau d’exigence artistique, d’aventure et de nouveauté formelle, au prix (et dirait-on la manie) de l’isolement et de la solitude.

D’un côté, au moyen des mécanismes broyeurs de l’offre et de la demande de la société industrielle ou des flatteries et chantages de l’État-patron, la littérature est changée en une occupation inoffensive, en un instrument de diversion bénin, (privée de ce qui fut toujours sa vertu la plus importante, le questionnement critique de la réalité grâce à des représentations qui, en prenant de cette réalité tous ses atomes, signifiaient à la fois sa révélation et sa négation), et l’écrivain en un producteur domestiqué et prévisible, qui propage et entretient les mythes officiels, parfaitement soumis aux intérêts régnants : le succès, l’argent, ou les miettes de pouvoir et de confort que l’État dispense aux intellectuels dociles. D’un autre côté, la littérature est devenue un savoir spécialisé, sectaire et vague, un mausolée super-exclusif de saints et de héros de la parole, qui ont cédé superbement aux écrivains-eunuques l’affrontement avec le public, le mandat impératif de la communication, et qui se sont enterrés vivants pour sauver la littérature de la ruine : ils écrivent entre eux ou pour eux, ils disent qu’ils sont attachés à la rigoureuse tâche de la recherche verbale, à l’invention de formes nouvelles, mais, dans la pratique, ils multiplient chaque jour les clés et les serrures de cette enceinte où ils ont enfermé la littérature, parce que, au fond, ils nourrissent la terrible conviction que ce n’est qu’ainsi, loin de la confusion et de la promiscuité où règnent, tout-puissants, les moyens de communication de masse, la publicité et les produits pseudo-artistiques de l’industrie de l’édition qui alimente le grand public, que peut fleurir de nos jours, comme une orchidée de serre, clandestine, exquise, préservée de l’encanaillement par des codes hermétiques, accessible seulement à certains vaillants confrères, une authentique littérature de création.

Mario Vargas Llosa, L’Orgie perpétuelle, p. 228.