Why I stopped writing in French – in theory

(This article is a response to this poem).

Several people asked me why I started writing in English instead of in French which is, after all, my first language. This is of course a legitimate question, and I spent some time pondering over it. After all, why did I give up on French poetry?

First of all, I’d say it’s for a practical reason. I spend most of my time on the internet, which is vastly redacted in English, to the point I mostly think in English. I actually learned this language from the internet. I found that my poems (that I post on my tumblr account too) gained more traction and that more people engaged with them when they were written in English. I started translating my prose poetry to English (and it surprisingly worked better than in French, which is one of the reasons I chose it. My style flows more naturally in this language).

But, more than one single reason, I’d say it’s a body of circonstances that made me choose English.

English feels both closer and more distant than French. I’m far from being bilingual, of course, and I’m not even studying English, but its way of using prepositions, its conciseness, its sonorities, make it feel more flowing and, weirdly enough, more real than French, which feels flat in comparison. Besides, while I’m relatively well-read regarding French poetry, which is interesting but can sometimes choke the aspiring poet (such heavy, prestigious past and tradition), I know practically nothing about English poetry. I feel less pressure in English. Less pressure to be original, groundbreaking, revolutioning the art of language.

Another reason is that English is (sort of) the language of the LGBT community. I wrote Melted wax, still cold – still wax (that you can read here) for young lesbians, not only French-speaking ones. I want to speak for my community, who is scattered all over the planet and has to learn English to be able to access to most online resources and to create relationships, platonic or not. My friends and I use mostly English when we’re texting, for example.

As for my historic in writing English poetry – I first started to write one or two poems back in my last year of highschool (they were terrible) because the prospect of writing – the most demanding way of writing: using the very fabric of language, poetry – in a language I barely spoke appeared terribly demanding and enthralling. I wrote several poems (mostly short ones) in the last few years, but nothing big. Then, in September of 2018, I started working on Melted wax and wrote almost exclusively in English. I consciously decided not to write in French anymore this year, probably in March or April of 2019.

To conclude, let me tell you a short anecdote. When I was 15, I spent three months in Germany, and I completely forgot French after about a month of being there. I woke up one day and just couldn’t think anymore. I barely understood German, and had forgotten about any other language. So I was stuck, language-deprived, which meant I had no stable identity anymore, no sense of time or space, without any links to my past, my friends and relatives, in a deserted world. And I think that, without really knowing it, I started holding a grudge against French which had abandoned me. I feel like we do not understand language, especially not our mother tongue. It’s like a current that crosses us; we can try to make something out of it, but ultimately, we’re at the river’s mercy. We don’t control anything. Knowing – knowing intimately – one’s language only makes us blind, in a way. We can’t even fathom what it’s like to lose one’s language. But it can happen; and I don’t think I could forget English as easily as I forgot French. English is more like a swimming pool I’m still building, if that makes sense. Not to mention that its words feel fresh, new, contrary to French ones.

So, yeah. Right now, I’m exploring the frontiers of French and English, but that’s all I can tell about it (a new project I’m only starting).

 

Venez me voir le 22 juin à la Comédie-Française !

Bonjour à tou.te.s. J’ai eu le plaisir de participer cette année au Bureau des jeunes auteurs-lecteurs de la Comédie-Française, et nous lirons nos textes à la Coupole (salle Richelieu) le 22 juin à 17h ! Si cela vous intéresse, envoyez-moi un mail (carmine.g.denis@gmail.com) avec vos nom et prénom afin que je fasse suivre pour obtenir les invitations.

En espérant vous voir nombreux.ses !

H. à propos de D.

Le bleu déteignait sur le béton de sa rue
Alors que je chancelais perdu.e
Métro La Fayette on m’a demandé
La sortie Grands Magasins
Qui se révélait être la sortie 1 on m’a dit
Merci
Le bleu déteint j’ai raté de peu
Le passage de l’arc-en-ciel
J’ai peur encore
Et je titube en y rêvant
Le bleu comme la fumée de son tabac
Par la fenêtre de la chambre
S’en va

On ferme !

Les routes stagnent et la nôtre, d’autoroute, n’échappe pas au calvaire métallico-estival, à la mise en boîte avec fonction d’étuve automatique, le pèlerinage permettant la diffusion de journaux-catastrophe titrant, EN TRÈS GROS ET EN TRÈS GRAS, EMBOUTEILLAGES CUMULÉS NE PARTEZ PAS MAINTENANT Ô CANDIDATS AU BARBECUE, à la fonction sociale de la plainte récapitulative des trajets perturbés s’écoulant dans un pavillon plus ou moins compatissant – donnée variant suivant l’âge et l’expérience du propriétaire de l’organe susmentionné en matière d’odyssée autoroutière et congestionnée –  j’ai nommé : le départ en vacances.

Je pars, loin de tout et surtout d’Internet à partir de ce soir ! Je ne serai donc pas active, ni sur ce blog ni ailleurs, jusqu’en août (sauf circonstance exceptionnelle du style découverte de Wi-Fi dans un village qui n’a pas l’eau courante…).

Je vous souhaite à tous un bon été et, en attendant, vous propose une session d’écriture participative sur cette image :
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La poésie du mercredi (#23)

Aujourd’hui, un poème de circonstance, puisque j’ai dix-sept ans depuis deux jours…

ROMAN

I.

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits, – la ville n’est pas loin, –
A des parfums de vigne et des parfums de bière…

II.

– Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…

III.

Le cœur fou robinsonne à travers les romans,
– Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux-col effrayant de son père…

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…
– Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…

IV.

Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
– Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire… !

– Ce soir-là…, – vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
– On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.

(Rimbaud, 1870)

Le silence.

Je vais donc ajouter une énième pierre numérique à l’édifice, déjà très haut, des hommages et déclarations à propos de la barbarie sans nom qui a défiguré Charlie Hebdo.

Je ne peux rien dire de plus – tout a déjà été dit. Tout à l’heure, j’étais avec des milliers de personnes place de la République pour rendre hommage aux victimes et montrer que jamais les barbares ne vaincront. C’était la première fois que je vivais un rassemblement aussi imposant, mais également aussi silencieux.
Mais tout cela a déjà été dit.

Si je suis si touchée aujourd’hui, c’est que Charlie Hebdo est – car je me refuse à utiliser l’imparfait – un part intégrante de ma vie et de mon enfance. Je l’ai toujours vu, lu chez moi. Charlie et le Canard Enchaîné. Qui sont une incarnation des valeurs que ma famille m’a transmises.

Ça veut dire, très concrètement, qu’il n’y aura plus la rubrique BD des « Nouveaux Beaufs » de Cabu dans le Canard.
Par exemple.

Plus de chronique, ni de « débat éco » sur France Inter entre Bernard Maris et Dominique Seux. Parce que Bernard Maris s’est fait assassiner. C’est dingue, hein ? En France. En 2015.
Jusqu’à maintenant, quand on pensait au journalisme en tant que métier à risques, on avait à l’esprit ces journalistes d’investigation dénonçant les actions de la mafia, ou tout autre organisation criminelle ; ou alors les reporters, envoyés spéciaux dans les pays en guerre, qui risquent leur vie et parfois la laissent pour rapporter quelques images du conflit dans le pays auquel ils appartiennent.
À partir de maintenant, on pensera aussi, surtout, au 7 janvier 2015.

Ce que je veux dire par là, c’est que si ce crime est un symbole, il n’est pas abstrait. Il agit et va agir, de plus en plus, sur nos vies quotidiennes. Parce qu’on ne s’en rend pas bien compte, mais les dessins de Charb, Cabu, Wolinski & Cie sont partout. Leur disparition va chambouler complètement ce qu’on appelle le « paysage visuel urbain » français. Rien que la disparition des kiosques des couvertures de Charlie telles qu’on les connaît. Quand on y pense : ça va changer les habitudes qu’on a quand on passe devant un kiosque ou un marchand de journaux.

Voilà. Je crois que c’est tout ce que j’avais à dire. Je laisse le reste à des gens mieux informés et plus compétents que moi.

Un slogan qui rentre dans l’Histoire aujourd’hui, dans la continuité directe du « Ich bin ein Berliner » : « Je suis Charlie. »

Corbeau

Jusqu’à ce soir tout était beau

Je réfléchissais sur le chemin d’acier

Perdue dans les nuées, dans les pages

Je marchais au creux de rues inconnues

En laissant parler Celle de la colline

Jusqu’à ce soir tout était beau

J’étais libre alors, et

Créative ;

Sans reprendre les formules passées

Les fonds de casseroles réchauffés d’amour

Portée dessus j’aimais penser

Que vous ne seriez pas

Jamais !

Jusqu’à ce soir tout était pur

Et je m’en glorifiais

Esprit seulement et

Cherchant la beauté dans les zones sinistrées.

J’étais libre alors, et

La colline m’accueillait

Grille arrachée, mon cœur n’était

Qu’une écritoire à l’écoute des routes

Jusqu’à maintenant tout était beau

J’avais trouvé un équilibre

Dans le désordre et dans les rêves.

Combat du soir, bonsoir.

Aujourd’hui, au cours d’une discussion très spirituelle et philosophique  sur les castors sous acide…

C : Kamoulox ?
S : Kamoulox.
C : Un point partout la balle au centre. À vous.
S : Je mange du fromage de chèvre et je relance du huit brontosaures.
C : Vous ne pouvez pas, la chèvre est prise par Arthur Rimbaud qui plante des carottes en douze.
S : Je hulule en Picardie et je viole une grand-mère.
C : Je navigue entre deux nappes ! J’avance en 9 sur le dos d’un mouton fumant un narguilé.
S : Je ripoline des séquoias et je salue le petit chaperon rouge.
C : Peut-être, mais je décline les cimetières et je bouffe le loup.
S : Je déguste du kevlar et je sodomise du caviar.
C : Vous ne pouvez pas, il y a Vladimir Poutine en opposition. Vous vous soumettez à sa puissance de raton-laveur.
S : Damned !
Je joue aux échecs avec Annie Cordy et je descends à bicyclette les rues de Montmartre !
C : Je réveille les pavés et fais miroiter les fumées !
S : Je vole les mouches et huile la cathédrale !
C : Je rabaisse les îlots et vole la machine à laver !
S : JE …
C : Kamoulox !
S : Ah !
Un dernier mot ?
C : Je gagne le combat et déverse des cascades d’hilarité.
S : Courgette.