H. à propos de D.

Le bleu déteignait sur le béton de sa rue
Alors que je chancelais perdu.e
Métro La Fayette on m’a demandé
La sortie Grands Magasins
Qui se révélait être la sortie 1 on m’a dit
Merci
Le bleu déteint j’ai raté de peu
Le passage de l’arc-en-ciel
J’ai peur encore
Et je titube en y rêvant
Le bleu comme la fumée de son tabac
Par la fenêtre de la chambre
S’en va

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On ferme !

Les routes stagnent et la nôtre, d’autoroute, n’échappe pas au calvaire métallico-estival, à la mise en boîte avec fonction d’étuve automatique, le pèlerinage permettant la diffusion de journaux-catastrophe titrant, EN TRÈS GROS ET EN TRÈS GRAS, EMBOUTEILLAGES CUMULÉS NE PARTEZ PAS MAINTENANT Ô CANDIDATS AU BARBECUE, à la fonction sociale de la plainte récapitulative des trajets perturbés s’écoulant dans un pavillon plus ou moins compatissant – donnée variant suivant l’âge et l’expérience du propriétaire de l’organe susmentionné en matière d’odyssée autoroutière et congestionnée –  j’ai nommé : le départ en vacances.

Je pars, loin de tout et surtout d’Internet à partir de ce soir ! Je ne serai donc pas active, ni sur ce blog ni ailleurs, jusqu’en août (sauf circonstance exceptionnelle du style découverte de Wi-Fi dans un village qui n’a pas l’eau courante…).

Je vous souhaite à tous un bon été et, en attendant, vous propose une session d’écriture participative sur cette image :
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La poésie du mercredi (#23)

Aujourd’hui, un poème de circonstance, puisque j’ai dix-sept ans depuis deux jours…

ROMAN

I.

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits, – la ville n’est pas loin, –
A des parfums de vigne et des parfums de bière…

II.

– Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…

III.

Le cœur fou robinsonne à travers les romans,
– Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux-col effrayant de son père…

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…
– Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…

IV.

Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
– Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire… !

– Ce soir-là…, – vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
– On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.

(Rimbaud, 1870)

Le silence.

Je vais donc ajouter une énième pierre numérique à l’édifice, déjà très haut, des hommages et déclarations à propos de la barbarie sans nom qui a défiguré Charlie Hebdo.

Je ne peux rien dire de plus – tout a déjà été dit. Tout à l’heure, j’étais avec des milliers de personnes place de la République pour rendre hommage aux victimes et montrer que jamais les barbares ne vaincront. C’était la première fois que je vivais un rassemblement aussi imposant, mais également aussi silencieux.
Mais tout cela a déjà été dit.

Si je suis si touchée aujourd’hui, c’est que Charlie Hebdo est – car je me refuse à utiliser l’imparfait – un part intégrante de ma vie et de mon enfance. Je l’ai toujours vu, lu chez moi. Charlie et le Canard Enchaîné. Qui sont une incarnation des valeurs que ma famille m’a transmises.

Ça veut dire, très concrètement, qu’il n’y aura plus la rubrique BD des « Nouveaux Beaufs » de Cabu dans le Canard.
Par exemple.

Plus de chronique, ni de « débat éco » sur France Inter entre Bernard Maris et Dominique Seux. Parce que Bernard Maris s’est fait assassiner. C’est dingue, hein ? En France. En 2015.
Jusqu’à maintenant, quand on pensait au journalisme en tant que métier à risques, on avait à l’esprit ces journalistes d’investigation dénonçant les actions de la mafia, ou tout autre organisation criminelle ; ou alors les reporters, envoyés spéciaux dans les pays en guerre, qui risquent leur vie et parfois la laissent pour rapporter quelques images du conflit dans le pays auquel ils appartiennent.
À partir de maintenant, on pensera aussi, surtout, au 7 janvier 2015.

Ce que je veux dire par là, c’est que si ce crime est un symbole, il n’est pas abstrait. Il agit et va agir, de plus en plus, sur nos vies quotidiennes. Parce qu’on ne s’en rend pas bien compte, mais les dessins de Charb, Cabu, Wolinski & Cie sont partout. Leur disparition va chambouler complètement ce qu’on appelle le « paysage visuel urbain » français. Rien que la disparition des kiosques des couvertures de Charlie telles qu’on les connaît. Quand on y pense : ça va changer les habitudes qu’on a quand on passe devant un kiosque ou un marchand de journaux.

Voilà. Je crois que c’est tout ce que j’avais à dire. Je laisse le reste à des gens mieux informés et plus compétents que moi.

Un slogan qui rentre dans l’Histoire aujourd’hui, dans la continuité directe du « Ich bin ein Berliner » : « Je suis Charlie. »

Corbeau

Jusqu’à ce soir tout était beau

Je réfléchissais sur le chemin d’acier

Perdue dans les nuées, dans les pages

Je marchais au creux de rues inconnues

En laissant parler Celle de la colline

Jusqu’à ce soir tout était beau

J’étais libre alors, et

Créative ;

Sans reprendre les formules passées

Les fonds de casseroles réchauffés d’amour

Portée dessus j’aimais penser

Que vous ne seriez pas

Jamais !

Jusqu’à ce soir tout était pur

Et je m’en glorifiais

Esprit seulement et

Cherchant la beauté dans les zones sinistrées.

J’étais libre alors, et

La colline m’accueillait

Grille arrachée, mon cœur n’était

Qu’une écritoire à l’écoute des routes

Jusqu’à maintenant tout était beau

J’avais trouvé un équilibre

Dans le désordre et dans les rêves.

Combat du soir, bonsoir.

Aujourd’hui, au cours d’une discussion très spirituelle et philosophique  sur les castors sous acide…

C : Kamoulox ?
S : Kamoulox.
C : Un point partout la balle au centre. À vous.
S : Je mange du fromage de chèvre et je relance du huit brontosaures.
C : Vous ne pouvez pas, la chèvre est prise par Arthur Rimbaud qui plante des carottes en douze.
S : Je hulule en Picardie et je viole une grand-mère.
C : Je navigue entre deux nappes ! J’avance en 9 sur le dos d’un mouton fumant un narguilé.
S : Je ripoline des séquoias et je salue le petit chaperon rouge.
C : Peut-être, mais je décline les cimetières et je bouffe le loup.
S : Je déguste du kevlar et je sodomise du caviar.
C : Vous ne pouvez pas, il y a Vladimir Poutine en opposition. Vous vous soumettez à sa puissance de raton-laveur.
S : Damned !
Je joue aux échecs avec Annie Cordy et je descends à bicyclette les rues de Montmartre !
C : Je réveille les pavés et fais miroiter les fumées !
S : Je vole les mouches et huile la cathédrale !
C : Je rabaisse les îlots et vole la machine à laver !
S : JE …
C : Kamoulox !
S : Ah !
Un dernier mot ?
C : Je gagne le combat et déverse des cascades d’hilarité.
S : Courgette.

Félins et cicatrices

Le teint livide les traits tirés

Encore une fois le masque arraché

Les plaies feulent en grésillant

Un sang rose suinte collant

Dans quelques instants les remarques

Fuseront interrogeant les marques

Palpitants et frémissants bijoux

Séparant tes yeux et les joues

Pourquoi vous mordre vous

Si l’on peut se graver, lacérer nous ?