Les Mémoires d’Électre

Mes yeux sont sans couleur

Mes cheveux sans odeur

J’ai attendu dans la haine

J’ai patienté dans la peur

Masquant mon nez mes lèvres

Ridés dès douze ans

C’est ma laideur qui

M’a protégée

Tremblants ils

Baissaient les yeux en me voyant

Leurs beaux yeux noirs verts bleus

M’appelaient Princesse

Les genoux cloués au

Sol verni de marbre

Ils n’ont pas vu mes yeux

Recelant toute la

Misère d’Argos

Ils pensaient je le voyais

Qu’une princesse ce n’est pas ça

Horrible dans ses beaux

Habits

Pourquoi est-elle ainsi

Quand sa mère est si belle

Si beau notre Roi ?

Ah patiente

Attendant le sauveur

Mon frère justicier au

Bras duquel je

Pourrais me reposer !

N’étais plus exaspérée

Sachant qu’il arrivait

Mon frère

Unique soutien

Ne cherchais pas  à

Agir

Avant qu’il n’arrive

Mon frère

Au bras lourd

Et puis ce jour

Je l’ai vu

Je le vis

Comme sorti

Des contes et

J’ai tremblé

Moi aussi

De volupté ai-je cru

Ai-je songé

Mais je

Le voyais

Autrement

Qu’il n’est

Et ce regard fou

Ces muscles suants sont

Ceux d’un Égisthe

Plus jeune

Cruel

Qu’attendais-je un homme

Fut-il mon frère

Pour me venger ?

J’ai plus

De courage

Du sang

D’horizon

Fait pour tuer

Ne veut pas enfanter

Un poignard

Et j’ai tué mon frère

Mon rêve assassiné

Et puis j’ai

Saigné ma mère

Une corde qui

Serrée sur son cou blanc

A chanté

Et j’ai saigné ma mère

Splendide sous sa soie

Et j’ai

Brisé mon Père

Entre mes deux phalanges

Sans procès ni parole

Ainsi depuis ce jour

Je marche sans yeux

Me meut sans cheveux

Sur la route qui

Ne mène qu’à nous

Et les hommes disent

Que j’ai tué mon père

Que j’ai aimé ma mère

Et mon sexe derrière moi

Infecté lacéré par les

Pierres

Murmure sans cesse

Que j’ai tué mon père

Que j’ai aimé ma mère

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