La poésie du mercredi (#72)

Comme annoncé la semaine dernière, voici la deuxième partie du diptyque « Absences » d’Éluard, in Capitale de la douleur (1926) :

ABSENCES

II.

Je sors au bras des ombres,
Je suis au bas des ombres,
Seul.

La pitié est plus haut et peut bien y rester,
La vertu se fait l’aumône de ses seins
Et la grâce s’est prise dans les filets de ses paupières.
Elle est plus belle que les figures des gradins,
Elle est plus dure,
Elle est en bas avec les pierres et les ombres.
Je l’ai rejointe.

C’est ici que la clarté livre sa dernière bataille.
Si je m’endors, c’est pour ne plus rêver.
Quelles seront alors les armes de mon triomphe ?
Dans mes yeux grands ouverts le soleil fait les joints,
Ô jardin de mes yeux !
Tous les fruits sont ici pour figurer des fleurs,
Des fleurs dans la nuit.
Une fenêtre de feuillage
S’ouvre soudain dans son visage.
Où poserai-je mes lèvres, nature sans rivage ?

Une femme est plus belle que le monde où je vis
Et je ferme les yeux.
Je sors au bras des ombres,
Je suis au bas des ombres
Et des ombres m’attendent.

Publicités

La poésie du mercredi (#71)

Je vous propose aujourd’hui un poème de Paul Éluard en deux parties – la prochaine le 11 ! – intitulé « Absences », et extrait de son recueil de 1926, Capitale de la douleur :

ABSENCES

I.

La plate volupté et le pauvre mystère
Que de n’être pas vu.

Je vous connais, couleur des arbres et des villes,
Entre nous est la transparence de coutume
Entre les regards éclatants.
Elle roule sur pierres
Comme l’eau se dandine.
D’un côté de mon cœur des vierges s’obscurcissent,
De l’autre la main douce est au flanc des collines.
La courbe de peu d’eau provoque cette chute,
Ce mélange de miroirs.
Lumières de précision, je ne cligne pas des yeux,
Je ne bouge pas,
Je parle
Et quand je dors
Ma gorge est une bague à l’enseigne de tulle.

La poésie du…

Bonjour tout le monde ! Comme vous l’avez remarqué (car vous êtes des lecteurs assidus, perspicaces et que vous ne vivez que pour ce blog) (comment ça « quelle taille font mes chevilles » ?), il n’y a pazu de Poésie du Mercredi cette semaine. Scandale et ignominie !
Mais, il y a une explication.
En fait, aujourd’hui, on est le 14 mars.
Et mercredi, on était le 11.

Or, comme un des poèmes du bouquin au programme cette année en littérature a un titre amusant comme je suis un être extraordinaire dévoué à la poésie et à la pertinence de ses occurrences… J’ai trouvé un poème qui se doit d’être posté aujourd’hui.

Bref. Tout ce blabla inutile et pédant pour vous présenter l’invité – ou plutôt les invités – du jour : Paul Éluard et Man Ray !
Eh ouais, et y a même un dessin, aujourd’hui.
Alors je vous explique le principe : dans Les Mains libres, des dessins de Man Ray sont « illustrés » par des poèmes de Paul Éluard. En tout cas, c’est comme ça que les deux artistes présentent leur œuvre. Le recueil est donc composé, à part (à peu près) égales, de textes et d’images.

LE TEMPS QU’IL FAISAIT LE 14 MARS

image
(Désolée pour la qualité de l'image)

Enjôleur d’enfants et charmeur d’oiseaux
J’attends la venue du printemps

La terre est timide et fraîche
Les aiguilles de midi
Cousent la traîne du matin

Je me vois moi ma jeunesse
Parmi les couleurs volatiles
Des premières végétations

Sur les rivages de verdure
Où l’eau devient de la lumière.

À la semaine prochaine !