S’immiscer hors de la lecture

Un écrivain lit ce que d’autres ont écrit, écrit (dans un mouvement dynamique de frottement avec) ce que les autres n’ont pas écrit (dans un arrachement à la lecture), et lit ce qu’il écrit à la fois comme auteur, à la fois comme lecteur. Le lecteur idéal est un écrivain et les écrivains réputés difficiles rendent hommage à leurs lecteurs en les considérant tous comme des écrivains (réels ou potentiels) à condition toutefois qu’ils aient le goût de l’aventure.

Monique Wittig, Le Chantier littéraire

Monique Wittig, littérature guérillère

Toute oeuvre de forme nouvelle fonctionne comme une machine de guerre. Son sens est de démolir les formes vieillies et les règles et conventions. Tout travail littéraire important est au moment de sa production comme un Cheval de Troie, toujours il s’effectue en territoire hostile dans lequel il apparaît étrange, inassimilable, non conforme. Puis sa force (sa polysémie) et la beauté de ses formes l’emportent. La cité fait place à la machine dans ses murs. Il faut qu’elle soit adoptée pour accomplir son travail de minage et de sapage des conventions littéraires et sociales et les dévoiler comme périmées, incapables d’opérer des transformations.

Monique Wittig, Le Chantier littéraire