La poésie du mercredi (#70)

Revenons à la poésie après nos divagations dans les méandres d’internet : comme toutes les dix semaines, je vous propose aujourd’hui un poème qui me plaît beaucoup. Plus précisément un des premiers qui a attiré mon attention, quand j’avais quatorze ans – il s’agit de « Colloque sentimental », de Verlaine, extrait des Fêtes galantes publiées en 1869…

COLLOQUE SENTIMENTAL

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l’heure passé

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

– Te souvient-il de notre extase ancienne ?
– Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ?

– Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ? – Non.

– Ah ! Les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches ! – C’est possible.

– Qu’il était bleu, le ciel, et grand, l’espoir !
– L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

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