La poésie du mercredi (#22)

Un peu de poésie philosophique aujourd’hui avec Joachim Du Bellay ! « Si notre vie est moins qu’une journée », extrait du recueil L’Olive paru en 1550, aborde les thèmes de la mort et des illusions de la vie terrestres auxquelles s’accroche l’âme humaine :

Si notre vie est moins qu’une journée
En l’éternel, si l’an qui fait le tour
Chasse nos jours sans espoir de retour,
Si périssable est toute chose née,

Que songes-tu, mon âme emprisonnée ?
Pourquoi te plaît l’obscur de notre jour,
Si pour voler en un plus clair séjour,
Tu as au dos l’aile bien empennée ?

Là, est le bien que tout esprit désire,
Là, le repos où tout le monde aspire,
Là, est l’amour, là, le plaisir encore.

Là, ô mon âme au plus haut ciel guidée !
Tu y pourras reconnaître l’Idée
De la beauté, qu’en ce monde j’adore.

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Où l’on parle (un peu) de philosophie

Et donc je suis en train de lire Le Mythe de Sisyphe (Camus, 1942). Il y aborde dans un premier temps plusieurs philosophies et l’extrait d’aujourd’hui s’intéresse tout particulièrement à la phénoménologie… Ce qui m’a donné envie de m’intéresser à ce courant philosophique, puisqu’il correspond assez bien aux idées (vagues pour l’instant) que j’ai sur la question de l’art et de la beauté en général ! Voici l’extrait de Camus :

(…) Husserl et les phénoménologues restituent le monde dans sa diversité et nient le pouvoir transcendant de la raison. L’univers spirituel s’enrichit avec eux de façon incalculable. Le pétale de rose, la borne kilométrique ou la main humaine ont autant d’importance que l’amour, le désir, ou les lois de la gravitation. Penser, ce n’est plus unifier, rendre familière l’apparence sous le visage d’un grand principe. Penser, c’est réapprendre à voir, à être attentif, c’est diriger sa conscience, c’est faire de chaque idée et de chaque image, à la façon de Proust, un lieu privilégié. Paradoxalement, tout est privilégié. Ce qui justifie la pensée, c’est son extrême conscience. Pour être plus positive que chez Kierkegaard ou Chestov, la démarche husserlienne, à l’origine, nie cependant la méthode classique de la raison, déçoit l’espoir, ouvre à l’intuition et au cœur toute une prolifération de phénomènes dont la richesse a quelque chose d’inhumain. Ces chemins mènent à toutes les sciences ou à aucune. C’est dire que le moyen ici a plus d’importance que la fin. Il s’agit seulement d’une « attitude pour connaître » et non d’une consolation.