La poésie selon Marinetti

Voici quelques extraits du Manifeste technique de la littérature futuriste de Filippo Tommaso Marinetti, publié en 1912 :

 

Nous inventerons ensemble ce que j’appelle l’imagination sans fils. Nous parviendrons un jour à un art encore plus essentiel, quand nous oserons supprimer tous les premiers termes de nos analogies pour ne donner que la suite ininterrompue des seconds termes. Il faudra pour cela renoncer à être compris. Être compris n’est pas nécessaire. (…)

Faisons crânement du « laid » en littérature et tuons partout la solennité. (…) Il faut cracher sur l’Autel de l’Art. Nous entrons dans les domaines illimités de la libre intuition. Après le vers libre, voici enfin les mots en liberté. (…)

Les cellules mortes sont mêlées aux vivantes. L’art est un besoin de se détruire et de s’éparpiller, grand arrosoir d’héroïsme inondant le monde. Les microbes, ne l’oubliez pas, sont nécessaires au sang, aussi bien qu’à l’Art, ce prolongement de la forêt de nos veines, qui se déploie hors du corps dans l’infini de l’espace et du temps. (…)

Par l’intuition, nous romprons l’hostilité apparemment irréductible qui sépare notre chair humaine du métal des moteurs. Après le règne animal, voici le règne mécanique qui commence ! Par la connaissance et l’amitié de la matière, dont les savants ne peuvent connaître que les réactions physico-chimiques, nous préparons la création de l’homme mécanique aux parties remplaçables. Nous le délivrerons de l’idée de la mort, et partant de la mort elle-même, cette suprême définition de l’intelligence logique.

 

 

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