Three women marched into a carved house. The first one was an arsonist; the second an artist; and the third had known.

saisir serait possible ?

les yeux caves que l’on
ne visite que jamais
et toujours dans son corps

 

versés


vraiment –


un saisissement ?

 

 

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Le trou, l’abscons, et le théoricien

Le caractère réversible de l’obscurité fait apparaître clairement que [le texte théorique obscur] joue sur des manques ou des soustractions, et qu’il est rendu plus complexe par la suppression de certains éléments de lisibilité, éléments qui portent soit sur la signification des mots ou des phrases, soit sur l’articulation des idées, soit sur l’éclaircissement de leur finalité. Ou bien ces éléments existaient déjà, et ils ont été supprimés, ou bien ils auraient dû être placés dans le texte et ils ne l’ont pas été. Ce sont ces chaînons manquants auxquels il faut prêter attention si l’on veut comprendre comment fonctionne un texte théorique hermétique.

Derrière son apparence de mur infranchissable ou de volume clos, un texte incompréhensible est donc en réalité — et c’est là son paradoxe — un texte troué, ou, si l’on préfère, fragmentaire, comme la partie restante d’un texte plus clair, certes inaccessible en tant que tel, mais dont le fantôme demeure présent à titre de virtualité. Et c’est donc d’une théorie des trous que nous aurions besoin pour essayer de comprendre comment un texte peut être à ce point inaccessible.

Cette théorie des trous devrait se donner pour visée de distinguer les différents types de chaînons qui ont été supprimés du texte et qui relèvent de différentes formes d’explication, que celle-ci porte sur les termes employés, sur les allusions, sur la densité, sur les articulations ou sur le projet d’ensemble (la complexité stylistique ou grammaticale constituant un autre problème). Ou, pour dire les choses autrement, c’est la dimension métalinguistique qui est ici atteinte en profondeur, c’est-à-dire la manière dont nous commentons aux autres notre utilisation des mots en leur permettant d’avoir accès à notre utilisation personnelle du langage.

Ce phénomène de resserrement général du tissu textuel s’explique mieux si on le met en rapport avec la place de l’Autre dans le texte théorique. La multiplication des chaînons manquants a pour résultat — et donc, on peut le supposer, pour cause profonde — d’interdire à l’Autre de pénétrer dans le texte et de le tenir à l’écart. Avec l’atteinte à différents dispositifs d’allocution, c’est donc la distance à l’Autre qui se trouve perturbée dans le cas de ces textes, l’auteur finissant, faute de prendre en compte l’adresse de son texte, par ne plus parler qu’à lui-même.

Pourquoi donc tenir l’Autre à distance? S’il est interdit à celui-ci de pénétrer dans le texte, c’est qu’il est vraisemblablement perçu comme une menace, contre laquelle le texte ne cesse d’édifier des protections.

(…)

Peut-on psychanalytiquement essayer de comprendre la complexité de certains textes théoriques? Prendre la pleine mesure de cette complexité implique de se libérer d’un certain nombre d’évidences du sens commun, qui risquent de nous empêcher d’aborder ce problème de front.

La première de ces fausses évidences est qu’un théoricien chercherait à théoriser. Or, si cette intention peut participer de son projet, il est difficile, en tout cas dans une perspective psychanalytique d’en faire sa motivation unique, ni même principale. Il est plus vraisemblable de penser que l’activité théorique, comme de nombreuses activités de pensée, participe d’une nécessité intérieure, celle de permettre au sujet de tenir ensemble, ou, si l’on préfère, de ne pas devenir fou. Cette nécessité intérieure fait du texte théorique, au même titre que les textes littéraires, le lieu privilégié d’un travail d’élaboration, lequel est à la fois, pour le sujet qui le pratique, nécessaire et dangereux.

La seconde de ces fausses évidences est qu’un théoricien chercherait à se faire comprendre. Si on peut penser que tel est bien le cas à un niveau conscient — en tout cas pour de nombreux théoriciens —, il n’est pas du tout assuré qu’il en aille de même au niveau inconscient, sauf à imaginer que l’exercice théorique serait la seule activité humaine protégée de toute ambivalence et de tout exercice de la pulsion de mort.

En effet, cette idée que le théoricien aurait pour souci premier de se faire comprendre ferait de la relation au lecteur — troisième fausse évidence — une relation transparente et dépourvue d’ambiguïté. Or, comme il est difficile d’imaginer, dans la perspective psychanalytique, des relations de ce type, force est de supposer que le relation au lecteur de texte théorique est, comme les autres, une relation où se nouent de manière inextricable des sentiments complexes.

La contestation de ces trois évidences (le théoricien chercherait à théoriser et à se faire comprendre d’un lecteur envers lequel il serait bien disposé) permet de se faire une idée plus juste des enjeux inconscients attachés à l’acte de théorisation et de la contradiction qui lui est inhérente, en tant que la théorie revient à la fois à s’exposer, en parlant de soi de manière indirecte, et à prendre garde de ne pas s’exposer.

En tant qu’activité d’élaboration, la théorie revient à s’exposer. Cette mise en forme du monde, ou d’une partie du monde, qu’est l’activité théorique, met en jeu et en scène, comme toute activité culturelle, un certain nombre de fantasmes, parfois à peine dissimulés. Parmi ces fantasmes, comment ne pas penser au fantasme de toute-puissance, qui a organisé tant de textes théoriques, notamment politiques?

En ce sens, la proximité est grande entre l’activité théorique et le délire et a été relevée par Freud et par nombre de ses successeurs. Dans une perspective freudienne, le délire n’est en effet nullement une production irraisonnée. Il est bien au contraire une tentative pour mettre de l’ordre dans le monde et surtout en soi-même, et il constitue donc une forme de théorisation. Il n’y a dès lors rien d’étonnant à ce que toute activité de théorisation puisse être proche de l’activité délirante, et que la frontière soit parfois difficile à saisir entre les deux.

L’analyse de ce premier niveau de l’activité théorique — la théorie comme élaboration — a peut-être conduit à négliger cet autre aspect de la même activité qu’est son énonciation, et donc son allocution. Contrairement à la fantasmatisation privée, l’activité théorique vise à s’adresser aux autres, afin de les convaincre. On peut alors penser qu’un des principes de l’activité théorique va être de protéger, en ne l’exhibant pas trop directement, le noyau fantasmatique sur lequel elle repose. Dès lors on peut faire l’hypothèse qu’un certain nombre de constituants du texte théorique visent, en assurant cette fonction de protection du sujet, à permettre au théoricien de ne pas être compris.

(…)

Je ferais ainsi volontiers l’hypothèse qu’un certain nombre de textes théoriques visent inconsciemment à rendre l’Autre fou, car il n’est de meilleur moyen pour se protéger de sa propre folie que d’expulser vers l’Autre des parts souffrantes de soi.

Tout suggère ainsi la présence active en nous, dès que nous nous mettons à théoriser, de ce qu’il conviendrait de nommer une pulsion d’obscurcissement, que je propose d’appeler pulsion opaque, tendant à permettre au texte théorique d’exercer et de maintenir sa fonction de protection. Cette pulsion donne lieu à un certain nombre de mécanismes de défense (…) en supprimant un certain nombre des chaînons qui assureraient au texte une souplesse lui permettant de rencontrer ses lecteurs.

(…)

La connaissance des moyens utilisés pour rendre un texte incompréhensible pourrait ouvrir à de nouvelles formes de lecture critique, attentives à étudier les mécanismes d’obscurcissement utilisés par les auteurs. Lecture impliquant de commencer par déplacer les questions que l’on pose au texte théorique, puisqu’à celle, traditionnelle, de savoir ce qu’il signifie se substitue alors cette autre question de savoir quelle relation l’auteur entretient avec son lecteur et dans quelle mesure il tient ou non à être compris de lui.

Pierre Bayard, Comment rendre un texte incompréhensible, 2008 (je souligne)

I got scabies!

I got scabies!
Hundreds of bugs roam
At my surface instead of dust.
My skin
Lives! I am but
An offering, raw,
My bugs biting their way
Into me. Don’t approach me! They’re still
Hungry,
And their cult would mad you.
I got scabies!

I got scurvy!
My mouth is a stink hole,
Half-full of black,
Half-full of pus;
I radiate rot when I tell you
About – what? – love!
I refuse acidity, I refuse intimacy
For I got scurvy!

But wait – don’t leave!
I also got dyke disease,
So do not get close
To me!
Do not touch and do not stare
Or you’ll end up like me
Gnawing on your lonely bones
Again, and again, ripping them
Apart, until
It all crumbles between your teeth,
Drying your throat –
And makes you cough
And makes you puke.

See this? Do not caress!
I got dyke disease.

Contemplating

Well, actually,
I dont think it was a pretty day
for her, or a pretty weather
altogether.

Those soiled sky and cement waves
met only torn cloth, stained
with wine, sweat, mucus, maybe
vomit. I know
what I’m talking about! and I’m saying
Those rocks aren’t pretty.
Covered in dead fishes (still slimy, or carcasses already), dried-up
algae, and seagull poop
– sticky, gross, and, well,
hard to climb. It made
her nails go black
before time.
It wasn’t – at any rate –
a pretty day.

Not that there was no sun;
It wasn’t cold. It wasn’t hot, either,
when she stripped the wind that
quickly reformed behind her body
– that pile of dirty laundry.
Really, there was nothing left
behind, and there was nothing where
the air meets water
already.

Well: actually,
she didn’t feel it happening
she just fell
and you know how sea is
when you fall
from that high.

Torn
Cloth, a
broken hairpin,
that wasn’t even
made of gold. That’s about it.

I’m telling you:
it wasn’t a pretty death
it wasnt a pretty day
it wasnt a pretty sea
it wasnt a pretty
it wasn’t

pretty
pretty
pretty
pretty
pretty…

Shame

For the smooth-looking

Pretending to be blank, you

You.

– Melted wax,
Still cold –
Still wax.

For the scribbled paper
Crumpled, and thrown
Right into the bin.

– Open it: it’s blank,
Blank, a void, yet
Again. You.

For the uncrumpled, the deceiving
And the paper.
You –
Stamped bodies
Bizarre breasts, distorted
Them. You.

Seal the void
Of sex
With the wax
Of shame.

soliloque VIII.

La grille s’est ouverte avant que le vide qui t’irrigue ait pu frôler ses failles.

Elle est, assise, en haut de la colline.

Tu repousses la grille dont la rouille perce la peau, tu lui fais face, commences à emporter la pente.

Les ronces s’affaissent. Le vide, tissu prévenant, t’en isole. Emplit ton ombre la rumeur des carrefours – le bruit des autoroutes – que tu surplombes comme depuis

le sommet d’un très haut rocher, quelque part au centre
d’une mer.

C’est l’heure où le noir se colle aux vitres, rend les lumières mauvaises – mais, pas de vitres ; rien que des lumières en surplomb.

Tu, penchée, gravis.

Elle est devant toi, moins haute peut-être que tu le crois. Elle est toujours vêtue de cette étoffe jaune où du noir se perd. Elle, immobile, frissonne – son image plutôt. Te considère.

Alors – puisque enfin tu n’es plus au large – alors – tu saisis
sa main ;

Et –

Au contact, elle
(…)
En un cri
qui imprègne assèche
ton vide

et tu es seule, sur la colline –
et tu es seule –
et c’est la nuit.

***

Elle s’est levée.

Elle a trébuché dans la pente, écrasant des canettes vides, s’écorchant sur les ronces.

Sa peau est tracée de filets sombres et de cercles, qui se voudraient stigmates ? ; elle marche sur l’arche
d’un pont, égrené de lueurs, et tout est là, et tout
est plus.

Autour d’elle conclut
la zone industrielle
dans une nuit si claire
perforée d’avions –
et tandis qu’elle s’y
engage, fumée de pierre,
s’ouvre la ville et ses néons.

Jeunesse ?

Petit texte écrit en atelier d’écriture… La contrainte : ajouter quelques mots précis, définir la jeunesse avec un refrain anaphorique. Un entraînement, en quelque sorte !

La jeunesse on dirait que ce serait un cri et

puis surtout le flottement avant de savoir

si c’est de rire ou pas

Jeunesse ? Une chambre petite, trop pour le moment,

et peut-être un chat plus tard

si on a un appart un peu grand la jeunesse c’est

regarder les nuits mourantes tandis

que les feuilles aveuglent la lampe

et qu’il est tard

La jeunesse écrit sur du papier sali les devoirs imposés puis

La jeunesse somnole dans un rêve le menton enfoncé

dans une écharpe sous

tous ces néons tragiques

La jeunesse pense penser vouloir être débauchée

alors qu’elle achète du café et des stylos 4 couleurs

car la jeunesse d’ailleurs

a dû se forcer à aimer le café

La jeunesse a peur ; la jeunesse a peu

d’espoir, beaucoup d’inertie,

et quelques amis

La jeunesse on ne sait pas trop bien ce qu’elle dit

Et ça parle de la mort sans vouloir jamais les morts

La jeunesse tente de communiquer avec la mort ou ses parents

qui ont déjà le visage harassé

La jeunesse n’aime pas le poisson – sauf le saumon – et c’est quoi, une dorade ?

La jeunesse fait tous les jours les pas mêmes

et dans un très pareil ordre

ouvre son sac et ses papiers

elle est la jeunesse pas traitée

pareil pourtant

c’est pas toute la jeunesse qui exhibe ses papiers

La jeunesse elle tabasse elle se fait tabasser

La jeunesse quand elle a de l’argent est déjà du côté des parents

La jeunesse dit quand même

et voudrait bien être cette autre jeunesse

qui est belle, elle, et qui a des idées

La jeunesse calcule. Et fait du bruit

dans les couloirs à dix-sept heures

et puis s’en va dehors

échapper à son bruit.

La jeunesse se dit quelquefois qu’on ne devrait pas taper les enfants, merde – mais la jeunesse répond

un peu de discipline ça fait pas de mal

La jeunesse a les mots mêmes de ceux

qui travaillaient il y a longtemps

Quand la jeunesse raconte

ses blessures et ornements

on l’accuse de perversion

La jeunesse croit

en la mort ou aux dieux

(on observe très peu d’entre-deux

et, franchement, c’est risible)

La jeunesse passe les routes au crible

et ramasse des herbes

jetées dans l’eau claire

La jeunesse ses grands-parents

jouent à minou-minette, elle

elle veut du pussy !

La jeunesse a déjà

une amie suicidée

et si non, c’est elle-même la

suicidée qui ne s’aime pas, non

La jeunesse ne parle pas de pulsion

sauf en cours de français

c’est pratique comme notion

on en fait ce qu’on veut

Elle fume moins, mais la nuit

il fait froid du haut de sa vitre

La jeunesse oublie

d’appeler sa mère et d’aimer ses morts

car

La jeunesse prépare

son adulterie.