Soliloque II.

C’est elle encore, que tu as réveillée de ton inconscience cristalline.

Tu ne peux que la suivre dans les ruines de cette ville. Le soleil énorme la drape de sang. Il te faut la suivre – tu t’accroches à ses écharpes qui te brûlent les doigts.

Ses corps anciens dorment et sourient sous une cloche muette ; elle prend sa forme au temps qu’elle maudit. Ses mains sur ta gorge, ton visage qu’elle relève, la parole qu’elle intime et refuse. Tu ne dois que la suivre. Comme rançon de l’espace, les bijoux que tu extrais, de plus en plus ternes, et qu’elle porte en triomphe.

Elle annexe tes mains – tu ne sais pas si ta jeunesse te protège.

Tu la suis dans les ruines.

Toutes les pierres tournent autour d’elle, qui t’épargne encore, mais pour combien de temps ?

Tu la mènes à une arche encore plantée en terre, puisqu’elle tient tant à quitter le vide. Elle te précède et, s’immisçant dans la lumière, son visage disparaît. Toutes les pierres pleuvent. L’arche est brisée.

Que diront ceux d’en bas ? La verront-ils ? Ou peut-être est-elle du vide animé, sa magie si peu le vide changé, elle dont les gestes te font silence.

Ne décrochant les lampes que pour cerner ta nuit.

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soliloque I.

Maintenant que nous a saisis le gel.

Au large des lumières, de leurs grands corps blancs, si rapidement salis ? Presque au centre de la brume, où une forme accroupie est sortie de sa robe, ou de sa gangue, de soie jaune.  Elle est désormais dans la lumière solide où elle se baigne, et tord ses longs cheveux qui ne font qu’un avec les ombres. Elle ne te regarde pas.

Crucifiées de lumière même dans les nuits si claires. Ce filet ou cette chute de métal, tu en es sortie. Tu refuses l’asile du vide. Tu refuses la robe du vide. Tu refuses même d’en palper l’étoffe dont tu connais la pression sur tes yeux blancs. Tu annules le vide.

Tu penses peut-être pouvoir en touriste observer ses rituels. Tu pourrais même les croquer et dire Me voici revenue parmi vous, marquée de vide, encore couverte de sa pellicule d’eau fraîche. Tu penses, alors, dire que ton passage au vide est couvert de fruits mûrs. De flaques infusant l’amertume des feuilles. Tu voudrais dire que tu labourais ses vagues ou émondais ses routes.

Tu es sûre alors, maintenant que nous a saisis le gel, que les lumières ne parlent plus. Que la brume ne se lèvera plus. Que le vide est passé.

Tu te blottis dans les rideaux.

Que le froid est sain dis-tu. Comment donc apprivoiser le vide ? Ce qui n’a ni feuilles ni routes ni outils. Nieras-tu ce passage ? Ou l’exploiteras-tu avec raison, en rattachant les anneaux à d’autres idées de verre ? En montreras-tu la chaîne qui te passe autour du cou, si fière ?

Maintenant que nous a saisis le gel. Le bouger ne se peut pas. Les statues s’amuettissent. La clarté s’échappe en filet d’eau dont la tiédeur t’effraie. Tu n’oses pas y puiser pour diluer tes poudres, plâtre ou poussière ou poison.

Absorbée par le blanc, maintenant que nous a saisis le gel.

La danseuse s’en va…

La danseuse s’en va elle tourne
Autour et autour de ses bras de ses jambes
La danseuse s’en va fléchissant et soulève
Le sable trop clair des allées ratissées
Et la verdure soudain est privée de ses feuilles
Et la lumière soudain assourdit le jardin

*

un roseau tourne seul
déchirant son étang
tenant tête aux tempêtes
dont il connaît la fin

Reverdie

Le gras vernis de l’herbe
et les feuilles lustrées
enrobent les bourrasques
de ce printemps limpide…

Et la charogne attend,
clignant parfois des yeux,
dans les ronces, parquée
derrière la grille bleue.