La poésie du mercredi (#20)

J’ai décidé de vous proposer un poème particulier toutes les 10 semaines, comme je l’avais fait ici. Aujourd’hui, donc, Boris Vian et « Je mourrai d’un cancer de la colonne vertébrale », paru dans son recueil Je voudrais pas crever (1962), et que j’aime beaucoup…

JE MOURRAI D’UN CANCER DE LA COLONNE VERTÉBRALE

Je mourrai d’un cancer de la colonne vertébrale
Ça sera par un soir horrible
Clair, chaud, parfumé, sensuel
Je mourrai d’un pourrissement
De certaines cellules peu connues
Je mourrai d’une jambe arrachée
Par un rat géant jailli d’un trou géant
Je mourrai de cent coupures
Le ciel sera tombé sur moi
Ça se brise comme une vitre lourde
Je mourrai d’un éclat de voix
Crevant mes oreilles
Je mourrai de blessures sourdes
Infligées à deux heures du matin
Par des tueurs indécis et chauves
Je mourrai sans m’apercevoir
Que je meurs, je mourrai
Enseveli sous les ruines sèches
De mille mètres de coton écroulé
Je mourrai noyé dans l’huile de vidange Foulé aux pieds par des bêtes indifférentes
Et, juste après, par des bêtes différentes
Je mourrai nu, ou vêtu de toile rouge
Ou cousu dans un sac avec des lames de rasoir
Je mourrai peut-être sans m’en faire
Du vernis à ongles aux doigts de pieds
Et des larmes plein les mains
Et des larmes plein les mains
Je mourrai quand on décollera
Mes paupières sous un soleil enragé
Quand on me dira lentement
Des méchancetés à l’oreille
Je mourrai de voir torturer des enfants
Et des hommes étonnés et blêmes
Je mourrai rongé vivant
Par des vers, je mourrai les
Mains attachées sous une cascade
Je mourrai brûlé dans un incendie triste
Je mourrai un peu, beaucoup,
Sans passion, mais avec intérêt
Et puis quand tout sera fini
Je mourrai.

La poésie du mercredi (#13)

Bonjour tout le monde ! Vous allez bien ?

Je viens de me rendre compte qu’il n’y a pas de troisième édition de cette rubrique. Pourquoi, comment ? Aucune idée. Bon.
En y repensant, je suis pourtant sûre d’avoir posté un poème de Dominique A. Mais il a disparu. (C’est un texte que j’aime beaucoup, je suis sûre de ne pas l’avoir effacé…) Bizarre, bizarre.

Quoiqu’il en soit, voici le… treizième ? douzième ? douzième virgule cinq ? poème mercrediesque ! Je sais, ça ne se dit pas. Mais j’aime bien inventer des mots. Bref.

Le poème que je vous présente aujourd’hui, « Chaos », a été écrit en 2014, donc par quelqu’un de vivant. (Je sais, c’est fou). Et en l’occurrence ce quelqu’un écrit sous le pseudo de « Tibère » (qui rime avec mystère. Les choses sont bien faites). C’est une poésie foisonnante de mots comme d’idées, assez étrange, bref, c’est super (et je ne dis pas ça parce que je connais l’auteur) (non je vous assure que c’est vrai). Enfin, vous pouvez en juger par vous-mêmes :

 

CHAOS

Une veille de fin du monde,
Je suis descendu dans la rue
Ce musée composite d’histoire surnaturelle.

Un tourbillon de fragments m’emporte
À travers une fourmilière bourdonnante
D’activité où l’on cultive des esprits de ruche tout en croyant quelque part
Être un surprenant sur-soi-même.

Un squelette joue aux osselets : la vie n’est pas une fin.
Et vingt-quatre oiseaux noirs chantonnent en farandole
Des airs poussiéreux que de vieux accordéonistes
Arcanistes leur ont enseigné un dimanche avant-midi.

Quel ennui : en une veille de fin du monde
Je suis retourné à mon ordonnancement hétéroclite de souvenirs.

Corbeau

Jusqu’à ce soir tout était beau

Je réfléchissais sur le chemin d’acier

Perdue dans les nuées, dans les pages

Je marchais au creux de rues inconnues

En laissant parler Celle de la colline

Jusqu’à ce soir tout était beau

J’étais libre alors, et

Créative ;

Sans reprendre les formules passées

Les fonds de casseroles réchauffés d’amour

Portée dessus j’aimais penser

Que vous ne seriez pas

Jamais !

Jusqu’à ce soir tout était pur

Et je m’en glorifiais

Esprit seulement et

Cherchant la beauté dans les zones sinistrées.

J’étais libre alors, et

La colline m’accueillait

Grille arrachée, mon cœur n’était

Qu’une écritoire à l’écoute des routes

Jusqu’à maintenant tout était beau

J’avais trouvé un équilibre

Dans le désordre et dans les rêves.