Une Rencontre

Il y a quelque temps, j’ai demandé à Alice Blaskevic, artiste plasticienne, si je pouvais écrire sur ses dessins ; elle a très gentiment accepté, alors voici le résultat !

image

UNE RENCONTRE

L’incendie a ravagé la plaine.

Dans les champs
Se sont levées
Deux boules de feu

L’incendie a ravagé la plaine.

Elles étaient en avance
La nuit ne l’était pas
Se sont avancées dans les sous-bois

L’incendie a ravagé la plaine.

Et c’est une chance
Que les renards
Se soient endormis

car

L’incendie a ravagé la plaine.

Dans les champs
poudreux et secs
Se sont levées
au premier cri d’angoisse
Deux boules de feu
qui tressautaient dans les branchages

L’incendie a ravagé la plaine.

Elles étaient en avance
mais couraient à s’en ouvrir le crâne
La nuit ne l’était pas
rêvait en chemin
Se sont avancées dans les sous-bois
et les ronces frémissantes

L’incendie a ravagé la plaine.

Et c’est une chance
que le village ait été si tranquille
Que les renards
et les galets de la rivière
Se soient endormis

car

L’incendie a ravagé la plaine.

Dans les champs
poudreux et secs d’un automne oublié
Se sont levées
au premier cri d’angoisse
et lorsque l’eau s’est recueillie
Deux boules de feu
qui tressautaient dans les branchages
et se tranchaient les vertèbres du plat de la main

L’incendie a ravagé la plaine.

Elles étaient en avance
mais couraient à s’en ouvrir le crâne
pour comprendre le désert
La nuit ne l’était pas
rêvait en chemin
pour retarder l’instant sévère
Se sont avancées dans les sous-bois
et les ronces frémissantes
n’attendant rien que la combustion des nuages

L’incendie a ravagé la plaine.

Et c’est une chance
que le village ait été si tranquille
lui le brouillon des boules de feu
Que les renards
et les galets de la rivière
le devoir accompli
Se soient endormis
les dents tachées d’un peu d’ennui

car

L’incendie a ravagé la plaine

et plus un cri.

*

(Et si ce principe de création vous plaît, vous pouvez aller (re)lire ceci…)

Alcyon

Au menu d’aujourd’hui : du dessin et un poème !
Le dessin est celui d’une jeune dessinatrice (très) talentueuse, qui se fait appeler Ram. Allez donc voir sa page Facebook !
J’aime beaucoup son style mais un dessin en particulier m’a frappée. Je lui ai demandé si je pouvais écrire dessus, elle m’y a autorisée, donc voilà le résultat !

image

ALCYON

Lorsque les ongles auront disparu
Que les grillages seront lancés
Vers les grottes de craie trompeuses

Lorsque tu marcheras dans les rues
En regardant les pavés se noyer

Tu diras
Que ce n’est qu’un début
Et les airs et les arbres
Ne seront plus que le sang dilué
Des enfants dont on fait les manteaux de fourrure

Et tu iras tout droit
Sur la route blanche et bleue
Désert aux éclats d’oiseaux coupants
Qui fend les pieds de ceux qui le voient
Et tu iras tout droit
Et tout droit encore
Jusqu’à la silhouette haute et immobile
Comme un chien immolé par le feu qui court en ricanant
Comme un pendu aux lèvres grouillantes de bonheur

Et ce sera comme une apparition

Celle qui s’interroge te tournera le dos
Et tu suivras ses mots
Qui voltigent mouches irisées à ses côtés
Ses mains potelées
Ses yeux trop vides
Son crâne d’oiseau

Et tu suivras ses mots

Vous irez seules vers la colline.

La poésie du…

Bonjour tout le monde ! Comme vous l’avez remarqué (car vous êtes des lecteurs assidus, perspicaces et que vous ne vivez que pour ce blog) (comment ça « quelle taille font mes chevilles » ?), il n’y a pazu de Poésie du Mercredi cette semaine. Scandale et ignominie !
Mais, il y a une explication.
En fait, aujourd’hui, on est le 14 mars.
Et mercredi, on était le 11.

Or, comme un des poèmes du bouquin au programme cette année en littérature a un titre amusant comme je suis un être extraordinaire dévoué à la poésie et à la pertinence de ses occurrences… J’ai trouvé un poème qui se doit d’être posté aujourd’hui.

Bref. Tout ce blabla inutile et pédant pour vous présenter l’invité – ou plutôt les invités – du jour : Paul Éluard et Man Ray !
Eh ouais, et y a même un dessin, aujourd’hui.
Alors je vous explique le principe : dans Les Mains libres, des dessins de Man Ray sont « illustrés » par des poèmes de Paul Éluard. En tout cas, c’est comme ça que les deux artistes présentent leur œuvre. Le recueil est donc composé, à part (à peu près) égales, de textes et d’images.

LE TEMPS QU’IL FAISAIT LE 14 MARS

image
(Désolée pour la qualité de l'image)

Enjôleur d’enfants et charmeur d’oiseaux
J’attends la venue du printemps

La terre est timide et fraîche
Les aiguilles de midi
Cousent la traîne du matin

Je me vois moi ma jeunesse
Parmi les couleurs volatiles
Des premières végétations

Sur les rivages de verdure
Où l’eau devient de la lumière.

À la semaine prochaine !

Retours/Androgyne

 

Stylo bic et rouge à lèvres.
Stylo bic et rouge à lèvres.

Ses lèvres sont ourlées

Ton œil s’y reflète

À chaque baiser phalène

Dans le coin de ses lèvres

Surgit une hampe de fer

À chaque baiser phalène

Ses lèvres s’y reflètent

Le sang est ourlé

Brodé d’or et de fer

Du fer de lance

Tremblé de ton œil

À chaque baiser phalène