La poésie du mercredi (#81)

La poésie d’aujourd’hui n’est pas, à proprement parler, un poème : il s’agit d’un extrait de L’Acacia, roman de Claude Simon publié en 1989… 

Cet extrait en particulier présentant un fragment de temps relativement suspendu, sans participer en soi de la narration et de l’avancée de l’intrigue, en faisant surgir les images dans l’esprit du lecteur, m’a fait penser à une sorte de poème en prose, et c’est pourquoi je vous le propose aujourd’hui ! 

De la même façon, un extrait du Voyage au bout de la nuit avait fait l’objet d’une Poésie du mercredi…

(…) dans la lumière du lampadaire proche c’était [le drapeau] seulement une loque sombre autour de laquelle scintillait en minces vergetures le poudroiement de la pluie qui tombait sans discontinuer : il était trop chargé d’eau pour que le vent qui parfois rabattait la pluie sur la vitre du wagon pût beaucoup plus que le faire osciller faiblement et à son extrémité se formaient de grosses gouttes que l’on voyait se gonfler peu à peu, s’étirer en forme de poire, diamantines dans la lueur du lampadaire et se détacher l’une après l’autre avec régularité ; avant de s’ébranler, le sifflet de la locomotive fit entendre une sorte de hululement plaintif, lugubre, répété deux fois, rappelant le son qu’émettaient les locomotives dans les films se déroulant au Far West.

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