dans son filet de bile…

dans son filet de bile
entrelacé de mots
on ramène parfois
quelques morceaux intacts
du portrait de la mort
ou de ses mains de pierre

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La danseuse s’en va…

La danseuse s’en va elle tourne
Autour et autour de ses bras de ses jambes
La danseuse s’en va fléchissant et soulève
Le sable trop clair des allées ratissées
Et la verdure soudain est privée de ses feuilles
Et la lumière soudain assourdit le jardin

*

un roseau tourne seul
déchirant son étang
tenant tête aux tempêtes
dont il connaît la fin

Reverdie

Le gras vernis de l’herbe
et les feuilles lustrées
enrobent les bourrasques
de ce printemps limpide…

Et la charogne attend,
clignant parfois des yeux,
dans les ronces, parquée
derrière la grille bleue.

04:13 un mardi

ok, je n’ai aucun souvenir de ceci, mais c’est très drôle

AUTOROUTES & RÉVERBÈRES

Le lampadaire crâneur
Dans sa pénombre orangée
Se félicitait tout bas de son bonheur
Une serviette vint à passer
Le luminaire gonfla et lui lança
Moi j’éclaire les habitations
Mieux que la froide lumière lunaire
Aux effets malsains que tu protèges
J’effraie le sang avant que tu l’éponges
Ma lueur d’accident pénètre les demeures !…
La serviette se tint coite
Puis dit, poliment inquiète
Je suis désolée
Je ne parle pas le lampadaire.

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La poésie du mercredi (#83)

Nous voici donc à nouveau en compagnie de Renée Vivien, en ce mercredi 16 mai 2018, et A l’heure des mains jointes…

 

A la Bien-Aimée

Vous êtes mon palais, mon soir et mon automne,

Et ma voile de soie et mon jardin de lys,

Ma cassolette d’or et ma blanche colonne,

Mon parc et mon étang de roseaux et d’iris.

 

Vous êtes mes parfums d’ambre et de miel, ma palme,

Mes feuillages, mes chants de cigales dans l’air,

Ma neige qui se meurt d’être hautaine et calme,

Et mes algues et mes paysages de mer.

 

Et vous êtes ma cloche au sanglot monotone,

Mon île fraîche et ma secourable oasis…

Vous êtes mon palais, mon soir et mon automne,

Et ma voile de soie et mon jardin de lys.

La poésie du mercredi (#82)

Elle vous avait manqué – ou pas – : notre poème hebdomadaire fait son grand retour… Cette semaine, j’ai décidé de vous faire lire un poème de Renée Vivien dont je viens de découvrir toute l’étendue de l’oeuvre. « Viviane » est extrait de son recueil A l’heure des mains jointes, paru en 1906.

Petit avertissement : celui-ci n’est que le premier d’une longue série… 

Viviane

Une odeur fraîche, un bruit de musique étouffée

Sous les feuilles, et c’est Viviane la fée.

 

Elle imite, cachée en un fouillis de fleurs,

Le rire suraigu des oiseaux persifleurs.

 

Souveraine fantasque, elle s’attarde et rôde

Dans la forêt, comme en un palais d’émeraude.

 

L’eau qui miroite a la couleur de son regard.

Elle se voile des dentelles du brouillard.

 

Parfois, une langueur monte de l’herbe et plane :

Les violettes ont salué Viviane.

 

Sa robe a des lueurs de perles et d’argent,

Son front est variable et son cœur est changeant.

 

Son pouvoir féminin s’insinue à la brune :

Elle devient irrésistible au clair de lune.

 

Des pâtres ont cru voir, de leurs yeux ingénus,

Des serpents verts glisser le long de ses bras nus.

 

A minuit, la plus belle étoile la couronne ;

Parfois elle est cruelle et parfois elle est bonne.

 

Et Viviane est plus puissante que le sort ;

Elle porte en ses mains le sommeil et la mort.

 

Plus que l’espoir et plus que le songe, elle est belle.

Les plus grands enchanteurs sont des enfants près d’elle.

 

Près d’elle, la mémoire est un rêve aboli.

Son magique baiser est plus froid que l’oubli.

 

Ses cheveux sont défaits et le soleil les dore.

Chaque matin, elle est plus blonde que l’aurore.

 

Ondoyante, elle sait promettre et décevoir.

Vers le couchant, elle est rousse comme le soir.

 

A l’heure vague où le regret se dissimule,

Elle a les yeux lointains et gris du crépuscule.

 

Lorsque le fil ambré du croissant tremble et luit

Sur les chênes, elle est brune comme la nuit.

 

Des rois ont partagé son palais et sa table,

Mais nul n’a jamais vu sa face véritable.

 

Elle renaît, elle est plus belle chaque jour,

Et ses illusions trompent le simple amour.

 

Elle erre, comme un vent d’avril, sous la ramée,

Et vous reconnaissez en elle votre aimée.

 

Elle est celle qu’on ne rencontre qu’une fois.

Ecoutez… Nulle voix n’est pareille à sa voix.

 

Elle approche, et ses doigts effeuillent des corolles.

Vous tremblez… Vous avez oublié les paroles…

 

Mais vous savez – le bois merveilleux l’a chanté –

Qu’elle vous appartient depuis l’éternité.

 

Elle a changé de nom, de voix, de visage ;

Malgré tout, vous l’avez reconnue au passage.

 

Elle réveille en vous tous les anciens désirs.

A l’ombre de ses pas brillent des souvenirs.

 

Vous l’avez pressentie et vous l’avez rêvée

Longuement, et surtout vous l’avez retrouvée.

 

Elle trame pour vous des jardins et des ciels,

Et vous vous endormez en ses bras éternels.