La poésie du mercredi (#72)

Comme annoncé la semaine dernière, voici la deuxième partie du diptyque « Absences » d’Éluard, in Capitale de la douleur (1926) :

ABSENCES

II.

Je sors au bras des ombres,
Je suis au bas des ombres,
Seul.

La pitié est plus haut et peut bien y rester,
La vertu se fait l’aumône de ses seins
Et la grâce s’est prise dans les filets de ses paupières.
Elle est plus belle que les figures des gradins,
Elle est plus dure,
Elle est en bas avec les pierres et les ombres.
Je l’ai rejointe.

C’est ici que la clarté livre sa dernière bataille.
Si je m’endors, c’est pour ne plus rêver.
Quelles seront alors les armes de mon triomphe ?
Dans mes yeux grands ouverts le soleil fait les joints,
Ô jardin de mes yeux !
Tous les fruits sont ici pour figurer des fleurs,
Des fleurs dans la nuit.
Une fenêtre de feuillage
S’ouvre soudain dans son visage.
Où poserai-je mes lèvres, nature sans rivage ?

Une femme est plus belle que le monde où je vis
Et je ferme les yeux.
Je sors au bras des ombres,
Je suis au bas des ombres
Et des ombres m’attendent.

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3 réflexions sur “La poésie du mercredi (#72)

  1. On aura beau dire tout ce qu’on veut sur les dérives conceptuelles de l’ami Eluard, le monsieur sait quand même écrire.

    Au demeurant, j’ai noté que la page Facebook de ce beau blog avait disparu – la maîtresse des lieux saurait-elle éclairer ma lanterne ?

    Aimé par 1 personne

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