Ce que disait l’arme

Tout d’abord il y aura une vibration dans les oreilles
qui se déguise en sifflement

La poussière s’agglutine lentement sur les mains
sur la bouche
sur les cils qu’elle estompe

Au premier coup de marteau la tête vacille
un cri retenu
l’os se tend objet lourd et ancien
Au second coup le dernier une crevasse se crée
découvre une pulpe liquide

Le crâne est dur il s’effondre et le plancher se fissure
il va tomber
le buffet le lit l’armoire frémissent
la lampe orange appelle à l’aide

voix sans écho voix de lumière
voix sans écoute qui s’en soucie
voix de malheurs ou voix d’angoisse
voix d’insomnie au soir levant

avec un roulement sourd le crâne
parcourt l’espace de la chambre
qui n’offre aucun soutien
et ne console que
si se tait la lampe

Le marteau a disparu

deux ongles fouillent et déploient le cerveau

deux plaques de céramique bouillantes
le lissent dans ses moindres détails

odeur de tripes spiritualisantes

le cerveau prend une longueur qu’on n’aurait jamais crue
comprimée dans sa boîte
d’os en miettes

et les plaques expriment des alcools doux
à l’odeur de framboises et de mûres

à présent ils partent le long du quai
le long du port le long des algues
à présent ils partent sans dire à mai
qu’il a pourri en s’oubliant

et le marteau rêveur
erre sans bruit le long du champ
il cherche son enfance

il l’avait trouvée mais pas reconnue
alors il attend encore loin du cerveau déplié

la lune brille
sa lumière se reflète dans le parquet

la lune brille
et fait soupirer les galets

*

loin devant, nageant à l’horizontale au-dessus du sable et des poissons morts, poissons-cavernes poissons-lanternes poissons-perçants des grands fonds, le cerveau claque comme un drapeau
surface lisse étirée aux bords déchiquetés

alors soudain
il n’y a plus de mémoire

Que le sable nous regarde.

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3 réflexions sur “Ce que disait l’arme

  1. J’aime beaucoup la violence de ce texte qui est justement non pas atténuée mais… disons, singularisée et rendue plus fascinante et esthétique par toutes ces images et toutes ces références à une forme de souvenir heureux, de souvenir d’enfance, qu’on attendrait pas spécialement dans ce genre d’écrits!

    Aimé par 1 personne

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