La poésie du mercredi (#30)

Comme pour toutes les dizaines de cette rubrique, je vous propose aujourd’hui un poème qui me tient vraiment à cœur : « J’ai tant rêvé de toi », de Desnos, in Corps et Biens (1930).

J’ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d’atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m’est chère ?

J’ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
En étreignant ton ombre
À se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l’apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.

ô balances sentimentales.

J’ai tant rêvé de toi qu’il n’est plus temps
Sans doute que je m’éveille.
Je dors debout, le corps exposé
À toutes les apparences de la vie
Et de l’amour et toi, la seule qui compte aujourd’hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venu.

J’ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu’il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu’à être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l’ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.

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8 réflexions sur “La poésie du mercredi (#30)

  1. J’aime bien cette interprétation.

    https://m.youtube.com/watch?v=exgQsakySFs

    Très émouvant, surtout quand on connaît les circonstances de sa découverte. Ce billet réponds à ton billet précédent.

    Il me semble que dans une œuvre, il y a un lien entre les différents éléments qui composent cette œuvre. Parfois, ce lien est visible, Cependant, en dehors de ce lien « visible », n’existe-t-il pas un lien entre tous les billets que nous publions sur un blog ? Je vois ça comme un escalier, chaque marche est reliée à l’autre, chaque marche prends appui sur la précédente, celle qui est en dessous et ainsi de suite,

    !

    !

    !

    !

    !

    !

    Le point d’exclamation, le lien, en langage technique ça s’appelle une contre-marche. Là donc, l’association d’idée entre tes deux derniers billets est évidente mais pour autant, même si on ne la repère pas toujours, il me semble qu’il y a une association d’idée qui relie les billets d’un blog, les poèmes d’un auteur, les livres d’un écrivain, les film d’un cinéaste, les tableaux….etc… . C’est montant, plus l’œuvre avance, plus on s’élève. Stairway ton heaven ?

    https://m.youtube.com/watch?v=9Q7Vr3yQYWQ

    Par quelle opération se fait cette association ? Il y a là un mouvement, heureux qu’il y ai un mouvement, imagine qu’il n’y plus ce mouvement! C’est l’angoisse que connaissent les écrivains, les créateurs. Ce mouvement, il me semble qu’il vient de l’extérieur, c’est l’inspiration. Qui est « Celle qui dicte » ? dont parle Henriette dont tu apprécies tant la poésie (Pour mon plus grand bonheur et tu as très grandement raison, elle mérite d’être connue!)…

    La suite, c’est mon billet du jour, je viens de le modifier par rapport à la version que j’ai envoyé aux abonnés. Il y a une citation de Paul Valérie dedans, je pense qu’elle va t’intéresser, pas seulement pour les révisions du Bac. Paul Valérie, c’est vraiment bien, j’aime bien les auteurs qui écrivent sur la création. La première fois que j’ai entendu parler de lui c’est lorsque j’ai cherché à savoir qui avait écrit ces citations que l’on trouve sur le palais de Chaillot,

    « Tout homme crée sans le savoir
    Comme il respire
    Mais l’artiste se sent créer
    Son acte engage tout son être
    Sa peine bien aimée le fortifie »

    « Il dépend de celui qui passe
    Que je sois tombe ou trésor
    Que je parle ou me taise
    Ceci ne tient qu’à toi
    Ami n’entre pas sans désir »

    « Choses rares ou choses belles
    Ici savamment assemblées
    Instruisent l’œil à regarder
    Comme jamais encore vues
    Toutes choses qui sont au monde »

    « Dans ces murs voués aux merveilles
    J’accueille et garde les ouvrages
    De la main prodigieuse de l’artiste
    Égale et rivale de sa pensée
    L’une n’est rien sans l’autre »

    C’est la deuxième qui m’avait interpellé la première fois, je n’ai pas pensé qu’il parlait d’une œuvre d’art mais d’un individu, je me disais que le regard de l’autre nous fait être trésor ou tombe parfois.

    Aimé par 1 personne

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