La poésie du mercredi (#23)

Aujourd’hui, un poème de circonstance, puisque j’ai dix-sept ans depuis deux jours…

ROMAN

I.

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits, – la ville n’est pas loin, –
A des parfums de vigne et des parfums de bière…

II.

– Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…

III.

Le cœur fou robinsonne à travers les romans,
– Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux-col effrayant de son père…

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…
– Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…

IV.

Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
– Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire… !

– Ce soir-là…, – vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
– On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.

(Rimbaud, 1870)

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15 réflexions sur “La poésie du mercredi (#23)

  1. « Roman » est le poème d’un jeune homme écrit au début des années 1870. On n’a pas l’équivalent au féminin. Il doit en exister de ces poèmes de jeunes filles de ces années-là. Ils ont disparu lorsqu’elles se sont mariées, ou brûlés en autodafés lors de liquidations successorales. C’est bien dommage.

    Aimé par 1 personne

      1. Je ne la connaissais pas. Je me suis un peu renseigné. Elle fut publiée à l’âge de 18 ans et apparemment ses « penchants » ne lui ont pas causé de gros soucis, en tout cas pas autant qu’à Oscar Wilde qui, lui, je pense , avait poussé un peu trop loin le bouchon.
        Il arrive un moment où il faut dire les choses. Et je vais les dire. 17 est un nombre premier. Il n’est divisible qu’en 17 petites unités qui se nourrissent chacune de celles qui les ont précédées. Il arrive un moment où l’année « x » est saturée et ne peut plus absorber les précédentes. C’est cette année-là qu’Arthur a choisi de partir. L’ Abyssinie, ça te tente ?

        Aimé par 1 personne

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