La poésie du mercredi (#16)

Bonjour à tous ! Aujourd’hui, « La Folle Complainte », une chanson de Trenet au texte très intéressant.

LA FOLLE COMPLAINTE

Les jours de repassage
Dans la maison qui dort
La bonne n’est pas sage
Mais on la garde encore
On l’a trouvée hier soir
Derrière la porte de bois
Avec une passoire
Se donnant de la joie
La barbe de grand-père
A tout remis en ordre
Mais la bonne en colère
A bien failli le mordre

Il pleut sur les ardoises
Il pleut sur la basse-cour
Il pleut sur les framboises
Il pleut sur mon amour

Je me cache sous la table
Le chat me griffe un peu
Ce tigre est indomptable
Et joue avec le feu
Les pantoufles de grand-mère
Sont mortes avant la nuit
Dormons dans ma chaumière
Dormons, dormez sans bruit
Berceau berçant des violes
Un ange s’est caché
Dans le placard aux fioles
Où l’on me tient couché

Remède pour le rhume
Remède pour le cœur
Remède pour la brume
Remède pour le malheur

La revanche des orages
A fait de la maison
Un tendre paysage
Pour les petits garçons
Qui brûlent d’impatience
Deux jours avant Noël
Et sans aucune méfiance
Acceptent tout pêle-mêle
La vie, la mort, les squares
Et les trains électriques
Les larmes dans les gares
Guignol et les coups de trique

Les becs d’acétylène
Aux enfants assistés
Et le sourire d’Hélène
Par un beau soir d’été

Donnez-moi quatre planches
Pour me faire un cercueil
Il est tombé de la branche
Le gentil écureuil

Je n’ai pas aimé ma mère
Je n’ai pas aimé mon sort
Je n’ai pas aimé la guerre
Je n’ai pas aimé la mort

Je n’ai jamais su dire
Pourquoi j’étais distrait
Je n’ai pas su sourire
À tel ou tel attrait
J’étais seul sur les routes
Sans dire ni oui ni non
Mon âme s’est dissoute
Poussière était mon nom

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4 réflexions sur “La poésie du mercredi (#16)

  1. « On l’a trouvée hier soir
    Derrière la porte de bois
    Avec une passoire
    Se donnant de la joie »
    Si, toi et moi, nous comprenons la même chose, c’était plutôt osé pour l’époque.
    « Donnez-moi quatre planches
    Pour me faire un cercueil
    Il est tombé de la branche
    Le gentil écureuil »
    La mort, toujours recommencée…qui s’invite, qui s’infiltre comme dans cette autre chanson :
    « Ficelle,
    Tu m’as sauvé de la vie,
    Ficelle,
    Sois donc bénie
    Car, grâce à toi j’ai rendu l’esprit,
    Je me suis pendu cette nuit… et depuis… »
    Je suis à-peu-près sûr que ceux qui te lisent connaissent cette chanson. J’invite les autres à écouter aussi la mélodie et la belle voix de Charles.

    Aimé par 1 personne

    1. Et que dire de « la barbe de grand père [qui] a tout remis en ordre » 🙂
      en fait, je suis pas certain qu’il faille y voir de « l’osé » ; l’époque avait une tradition de chansons très crues et en comparaison l’allusion de celle ci me parait trop discrète. Plutôt un gentil délire (la « folle » complainte) avec des mots associés à la sauce surréaliste/Prévert.
      Mais j’ai l’air de critiquer. C’est très chouette, et en effet avec un petit fond macabre de la plus belle eau.

      Aimé par 2 people

  2. Une des plus belles chansons de Trenet, avec ce texte complètement allumé.

    Je crois qu’il est à redécouvrir Trenet, avec en plus cette qualité de voix – il ne force jamais, cette facilité à sortir les mots est incroyable ; je pense qu’il n’y a que les chanteurs noirs qui ont cette capacité et cette facilité. Les rappeurs adoreraient Trenet, j’en suis convaincu.

    Le « Jardin extraordinaire » aussi est à redécouvrir pour son texte Lewis carollien …

    Aimé par 3 people

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