La poésie du mercredi (#15)

Bonjour bonjour ! Reprenons les bonnes habitudes, nous voici donc revenus à la poésie mercuriale (oui, c’est le vrai mot). L’invité du jour est légèrement plus vieux que les précédents puisqu’il nous arrive tout droit du XVIe siècle.
Je vous présente Jacques Davy Du Perron et son poème « Et les eaux, et les jours » !

ET LES EAUX, ET LES JOURS

Au bord tristement doux des eaux, je me retire,
Et voy couler ensemble, et les eaux, et mes jours,
Je m’y voit sec et pasle, et si j’ayme toujours
Leur resveuse mollesse où ma peine se mire.

Au plus secret des bois je conte mon martyre,
Je pleure mon martyre en chantant mes amours,
Et si j’ayme les bois, et les bois les plus sours,
Quand j’ay jetté mes cris, me les viennent redire.

Dame dont les beautez me possedent si fort,
Qu’estant absent de vous je n’aime que la mort,
Les eaux en votre absence, et les bois me consolent.

Je voy dedans les eaux, j’entens dedans les bois,
L’image de mon teint, et celle de ma voix,
Toutes peintes de morts qui nagent et qui volent.

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3 réflexions sur “La poésie du mercredi (#15)

  1. Excellent choix, je me demande bien où tu as pu le dénicher celui-là … 🙂
    Le zeugme à la ligne deux est juste extraordinaire, sinon ; et puis l’effet de miroir qui met en parallèle la structure du poème, pleine de répétitions, et le reflet du poète dans les eaux … Et puis l’alternance eaux/bois dans les quatrains pour la réconciliation des deux dans les tercets.
    Et les vers 11 à 13 qui font une synthèse tous structurés en 6/6 avec coupure à l’hémistiche …
    En fait, structurellement, ça déchire sa race, et peut-être même que sa fulgure sa mère.

    Sinon, suis-je le seul qui a eu des sérieuses réminiscences de Céline et de Voyage au Bout de la Nuit devant le dernier vers (le meilleur roman français ever, au demeurant …) ? Encore qu’il y est une ambiguïté voulue entre une Mort unique, celle du poète, reflétée partout dans l’air et l’eau, et des cadavres qui envahiraient son espace vitale dans un memeto mori aussi charmant qu’il est grotesque …

    Aimé par 2 people

    1. Oui, quel être sublimement cultivé et capable de faire des commentaires de texte à l’arrache aurait pu me conseiller ce texte ?…
      Ah je n’avais pas pensé à Céline ! Mais c’est vrai ! 😀

      J'aime

  2. « Les eaux en votre absence, et les bois me consolent. »
    Si un paysage le console de l’absence d’une femme qu’il aime, tant mieux pour luy. Mais tout le monde n’est pas fait du même bois.

    Aimé par 1 personne

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