La poésie du mercredi (#6)

Aujourd’hui, c’est Malherbe ! Peu connu en tant que poète (enfin, pas autant que Baudelaire quoi), François de Malherbe a fortement contribué à établir l’orthographe, les règles de grammaire, etc., de la langue française au XVIIe siècle, sous l’impulsion de Richelieu. Son œuvre coïncide avec la création de l’Académie Française. Ses vers les plus connus sont : « Mais elle était du monde où les plus belles choses / Ont le pire destin / Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses / L’espace d’un matin » (extrait de « Consolation à M. Du Périer »).
(Étant moi-même une vraie névrosée de l’orthographe, j’avoue que j’éprouve pour lui une certaine sympathie…)
Bon, pour être honnête, je ne trouve pas que sa poésie soit extraordinaire puisqu’elle reste extrêmement classique dans sa facture, et est plus généralement, une application stricte des règles classiques, un modèle du genre. Disons que quand on est habitué à la poésie du XIXe ou XXe siècle, à son originalité et son audace, ça peut paraître un chouïa conformiste. Mais cela reste intéressant à découvrir. Et puis j’aime beaucoup le poème ci-dessous, qui – en dépit du vocabulaire et des tournures – est toujours autant d’actualité… Je vous laisse juges !

 ***

« Dessein de quitter une dame qui ne le contentait que de promesse », extrait des Œuvres poétiques, 1627

Beauté, mon beau souci, de qui l’âme incertaine
A, comme l’océan, son flux et son reflux,
Pensez de vous résoudre à soulager ma peine,
Ou je me vais résoudre à ne la souffrir plus.

Vos yeux ont des appas que j’aime et que je prise.
Et qui peuvent beaucoup dessus ma liberté :
Mais pour me retenir, s’ils font cas de ma prise,
Il leur faut de l’amour autant que de beauté.

Quand je pense être au point que cela s’accomplisse
Quelque excuse toujours en empêche l’effet;
C’est la toile sans fin de la femme d’Ulysse,
Dont l’ouvrage du soir au matin se défait.

Madame, avisez-y, vous perdez votre gloire
De me l’avoir promis et vous rire de moi.
S’il ne vous en souvient, vous manquez de mémoire
Et s’îl vous en souvient, vous n’avez point de foi.

J’avais toujours fait compte, aimant chose si haute,
De ne m’en séparer qu’avecque le trépas
S’il arrive autrement ce sera votre faute,
De faire des serments et ne les tenir pas.

Alors, Malherbe, ça vous plaît, ou ce n’est pas du tout votre style ?

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2 réflexions sur “La poésie du mercredi (#6)

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