La poésie du mercredi (#2)

Un saut dans le temps et les mouvements littéraires pour cette nouvelle édition de la Poésie du Mercredi, puisque de Péret on passe à Renée Vivien ! « Bacchante triste » est tiré du recueil Études et préludes, publié en 1901. Si on connaît Renée Vivien de réputation (la célèbre « Sappho 1900 »), ses œuvres restent relativement méconnues, bien que très belles.

Bacchante triste

Le jour ne perce plus de flèches arrogantes
Les bois émerveillés de la beauté des nuits,
Et c’est l’heure troublée où dansent les Bacchantes
Parmi l’accablement des rythmes alanguis.

Leurs cheveux emmêlés pleurent le sang des vignes,
Leurs pieds vifs sont légers comme l’aile des vents,
Et la rose des chairs, la souplesse des lignes
Ont peuplé la forêt de sourires mouvants.

La plus jeune a des chants qui rappellent le râle :
Sa gorge d’amoureuse est lourde de sanglots.
Elle n’est point pareille aux autres, – elle est pâle ;
Son front a l’amertume et l’orage des flots.

Le vin où le soleil des vendanges persiste
Ne lui ramène plus le génëreux oubli ;
Elle est ivre à demi, mais son ivresse est triste,
Et les feuillages noirs ceignent son front pâli.

Tout en elle est lassé des fausses allégresses.
Et le pressentiment des froids et durs matins
Vient corrompre la flamme et le miel des caresses.
Elle songe, parmi les roses des festins.

Celle-là se souvient des baisers qu’on oublie…
Elle n’apprendra pas le désir sans douleurs,
Celle qui voit toujours avec mélancolie
Au fond des soirs d’orgie agoniser les fleurs.

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6 réflexions sur “La poésie du mercredi (#2)

  1. Je ne connaissais pas Renée Vivien et je n’ai pas été sur Wikipédia. C’est d’une facture classique et c’est son droit. Elle me fait penser à Anna de Noailles, mais qui se serait lâchée. Le poème est très beau et si elle préfère les filles, moi aussi.
    Tout ça pour en venir où ? Que la poésie est conditionnée par un certain niveau de vie social. On m’objectera Villon,mais qui eut au Moyen-Age une éducation, donc avec des parents aisés. Les poètes de la Résistance ? Ils étaient tous éduqués.
    Alors ? On reste entre soi ? La poésie, comme le golf; le yachting, le bridge, le Lions-club….?
    Les ouvrières du textile, incapables de rimer, qu’est-ce qu’il leur reste ? Un bon roman, où tout le monde adhère : Les Misérables, L’Insurgé,…
    Rassure-toi, je ne vais que sur des blogs de poésie où des auteurs attendent qu’on leur fasse un comm’ sur leurs vers qui fermentent, rancissent comme des commentaires en attente de modération.
    Je n’attends rien de la poésie. Que peut-être les auteurs en atteignent d’autres qui sauront tirer vers le haut les classes « inférieures ».
    Une marche militaire, disait Napoléon, vaut 200 canons.
    Tes mots, Muse, ont su me toucher.
    Qu’ils en touchent d’autres.

    Aimé par 1 personne

  2. Eh bien… Je vais essayer de répondre, dans l’ordre, à ce très intéressant commentaire !
    C’est vrai, on reproche souvent cet « entre-soi » qui caractériserait la poésie. Il faut dire aussi qu’elle est associée à l’inspiration, contrairement au roman qui nécessite du labeur – sang, sueur et larmes pour rester dans la thématique Résistance. La poésie n’a évidemment pas les mêmes effets que le roman (et ne parlons pas du théâtre) : mais, je trouve qu’elle est pour le coup plus universelle. Bien sûr il faut entrer dedans, et j’ai d’ailleurs (très) longtemps détesté la poésie ; évidemment, sortir du Mallarmé à quelqu’un qui n’a jamais lu de poésie… On fait mieux, quoi. La poésie a encore à souffrir de clichés tenaces : en général, je veux dire dans la vie de tous les jours, « poésie = amour ». « Je t’ai écrit un poème », c’est une magnifique preuve d’amour romantique (insérer ici une énième référence à Madame Bovary). Mais elle ne se résume pas à ça, même si la poésie lyrique prédomine. D’où son universalité (bonjour, j’ai appris mes cours de français pour le bac). Comme il s’agit d’une forme courte, le contexte, l’adresse… ne sont pas détaillés, et peuvent – dans une certaine mesure – s’adapter à tous.
    Et puis, qu’est-ce qu’on fait des Aragon, des Prévert… qui s’expriment dans une langue absolument compréhensible ? Ce n’est pas pour rien qu’on apprend du Prévert à l’école (« le poète des enfants et des petites gens »), ni qu’Aragon est privilégié pour les déclarations d’amour (coucou Jean Ferrat, coucou Brassens). Et il me semble que leur engagement politique en faveur du « peuple », comme on dit, n’est plus à démontrer 😉 Sans oublier Hugo (même si je ne pense pas que du bien de sa poésie), pour le coup, si on oublie les dialogues entre les chouettes crevées et les brins d’herbe, franchement… C’est très populaire (dans le bon sens du terme) !

    J’ai connu, pour finir, la réaction des « jeunes des banlieues défavorisées » à l’offre qui leur était faite d’un atelier d’écriture. Et le principal problème de cette fracture entre les milieux sociaux, c’est qu’ils s’habituent à l’idée que « ce n’est pas pour eux », et que cette « culture » leur est fermée – et par conséquent qu’ils doivent la rejeter. C’est parfaitement compréhensible. Il faut être un minimum initié à la poésie pour la lire, et l’envisager – la dévisager ! C’est terrible à dire, mais c’est ce que j’ai observé (je tiens à préciser.)

    Mais au fond, depuis tout à l’heure que je blablate, j’oublie une composante majeure ! C’est que la poésie des « basses classes » existe. On a coutume de la considérer comme une sous-culture, une manifestation de colère, menaçante ; on la sous-estime. On ne s’y intéresse pas. D’où le fait qu’elle n’ait pas réellement survécu à travers les siècles – il aurait fallu la transcrire. Actuellement, c’est tout ce qui se rapporte au slam, à la déclamation, d’ailleurs plus fidèle du point de vue de la forme traditionnelle de la poésie (déclamation, alexandrins, rimes…) que la poésie, la « vraie poésie » plus moderne. Alors bien sûr, les « gangstarappeurs » qu’on entend et voit partout, c’est comme tout : sans aucun intérêt artistique car à but uniquement lucratif et commercial. Mais au-delà de ça – les Marc Lévy du slam – il y a une vraie créativité, tout un milieu… Auquel je n’appartiens pas, donc que je ne connais pas à fond. Toujours la bonne vieille question des origines sociales.

    Au fond, on est arrivé à une sorte d’équilibre. C’est assez horrible dit comme ça, mais c’est plutôt vrai. Et je suis persuadée que les « slameurs des cités » d’aujourd’hui seront les Brassens de demain (ou d’après-demain, soyons fous).

    Et en tout cas… Merci pour le (long) commentaire, et pour le compliment !

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    1. Pardon de m’incruster dans cette conversation, je sais que je fais preuve d’une certaine impolitesse et mon intention était, au départ, de te remercier pour cette superbe découverte (donc, merci, tu m’as donné envie de lire du Renée Vivien!) mais je n’ai pas pu m’empêcher de lire cet échange et je suis plutôt d’accord avec ce que tu dis, pourtant j’ai tilté sur cette remarque: « . Alors bien sûr, les « gangstarappeurs » qu’on entend et voit partout, c’est comme tout : sans aucun intérêt artistique car à but uniquement lucratif et commercial » et du coup, en grand fan de « gangstarap » que je suis, j’ai décidé de défendre l’idée inverse!

      Le rap est un genre extrêmement riche d’un point de vue artistique et linguistique. Bien sûr, on peut parler des rappeurs conscients, engagés mais là n’est pas mon intention. Je vais plutôt parler des rappeurs commerciaux, comme Lil Wayne par exemple. Le message est souvent au ras des pâquerettes, l’enrobage est quant à lui, commercial mais ça n’empêche pas ces rappeurs d’avoir créé leurs codes, leurs références et même, leur langage. Ça n’empêche pas non plus les textes de rappeurs comme Lil Wayne, Snoop Dogg ou même Tupac, de témoigner d’un travail incroyable, tant sur le rythme, les sonorités, que sur le fond. Ce rap gangster s’appuie beaucoup plus que ce que l’on croit sur des jeux d’associations d’idées et de détournements de sens ou de stéréotypes. Un site comme « Rap Genius », qui propose à ses contributeurs d’éclairer le sens des paroles de la plupart des morceaux de rap connus, est l’exemple même de cette richesse.

      Un rappeur, peu importe qu’il soit commercial ou non, convoque énormément la culture médiatique et musicale de ses auditeurs ainsi que leur oreille. Plus on en écoute, plus les textes s’enrichissent puisqu’ils s’inscrivent tous dans une culture particulière et extrêmement vaste. Bien entendu, il s’agit d’une culture capitaliste, commerciale et superficielle mais les rappeurs ont conscience de ça et s’en amusent en construisant des personnages parfois complétement décalés, exagérés et pourtant superbes. Le rap, c’est un mélange de théâtre/cinéma, de poésie, de musique, de storytelling, de télévision et de marketing et même derrière les morceaux les plus « creux », il y a un travail artistique.

      Voilà, désolé de m’être introduit dans cette discussion, mais j’avais envie de défendre mon genre musical préféré, surtout que ma propre écriture a évolué ces trois dernières années justement grâce au rap et particulièrement grâce au gangstarap!

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      1. Merci pour ton long commentaire !
        Je ne connais pas vraiment le gansta rap, merci d’avoir éclairé tout ça, je me coucherai moins bête ^^ Au temps pour moi 😀 !

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